Une collection, mais pourquoi donc ?

En diffusant mon premier ouvrage, j’ai rencontré de nombreux libraires. Des élancées, des trapus, des apprenties et des rompus, des flegmatiques, des soupe au lait, des solitaires et des mondains.

Cependant, lunaires ou exaltés, toutes et tous étaient animés d’un goût littéraire et d’une énergie indispensables, suivant le précepte : « Si le hasard te fait libraire, retrousse tes manches, mon frère. »

L’image d’Epinal montre un bienheureux passant son temps à lire et conseiller ses coups de cœur. Or, le vrai libraire s’active sans relâche : il déballe, trimballe, dispose, prépare son sandwich, accueille, escorte, conseille, commande, jette son sandwich, s’interroge, vérifie, recommence et au mieux rentre chez lui quand vient la nuit. Où l’attend une pile de nouveautés à explorer pour le lendemain. Mais, pour une fois, assis.

Avec ses mille détails à régler dans la minute à la force du poignet et du cortex, le métier de libraire en laisserait sûrement plus d’un sur le carreau. Il n’était donc pas difficile d’en faire des héros : ils sont déjà héroïques au quotidien.

La tentation était grande de les rendre plus héroïques encore en les mettant dans des situations cocasses ou périlleuses. Qu’ils me pardonnent d’y avoir succombé, surtout s’ils viennent un jour à les vivre pour de bon. Et quand bien même, ils s’en sortiront.

Stéphane Rubin

Premier titre : « Capitaine Françoise » – Stéphane Rubin – mai 2012